
À l’âge de 59 ans, Karin Viard s’illustre par la profondeur de ses réflexions sur le féminisme et la société contemporaine. Dans une récente interview accordée à Marie-Claire, l’actrice, plusieurs fois récompensée, s’est livrée sans détour sur son passé et sur la manière dont elle percevait certains comportements masculins, aujourd’hui qualifiés de violences ordinaires.
Viard évoque avec franchise la culture dans laquelle elle a grandi, marquée par une normalisation des attitudes sexistes. Elle confie : « J’étais biberonnée à des comportements que je trouvais normaux ». Cette lucidité rétrospective met en lumière la banalisation de situations qui, à l’époque, semblaient inévitables pour de nombreuses femmes de sa génération.
La comédienne va plus loin, révélant un épisode marquant de sa jeunesse : « Je n’ai pas trouvé anormal de coucher avec un mec qui me harcelait, en me disant : je vais lui donner ce qu’il veut, il arrêtera de m’emmerder. » Cette déclaration, d’une rare honnêteté, témoigne de la résignation et des stratégies d’autoprotection adoptées par beaucoup face à l’hostilité masculine.
Violences sexistes et évolution générationnelle dans le cinéma français
Viard souligne également la façon dont la société encourageait, voire récompensait, certains comportements masculins. « Je n’ai pas trouvé anormal qu’on rassure les hommes en les payant plus », admet-elle. Ces propos illustrent la profondeur des inégalités et la difficulté à les remettre en question lorsqu’elles sont institutionnalisées.
Confrontée à la nouvelle génération d’actrices, Karin Viard observe une transformation des mentalités. Elle exprime son admiration pour ces jeunes femmes qui refusent les compromis et affirment leur autonomie. « Je dois dire que je suis épatée par cette jeune génération. Moi, ma génération, vraiment, la vieille actrice de 50 ans, elle ne jouait pas dans ma cour. Ces jeunes femmes ne me parlent pas comme si j’avais leur âge. Mais s’il y a de l’amitié possible, je trouve ça génial », confie-t-elle.
Réflexion sur le féminisme, le wokisme et la mutation des rapports sociaux
L’actrice aborde également le débat autour du féminisme et du wokisme, qu’elle refuse de voir réduits à des caricatures. « Non seulement woke n’est pas un gros mot. Mais c’est une vision du monde, une utopie de société que je trouve extrêmement valable », affirme-t-elle avec conviction. Cette prise de position marque un engagement fort en faveur d’une société plus égalitaire.
Bientôt à l’affiche de La Maison des femmes de Mélisa Godet, aux côtés de Laetitia Dosch et Eye Haïdara, Karin Viard incarne un personnage inspiré par ces combats contemporains. Elle partage son enthousiasme d’avoir travaillé avec des réalisatrices et actrices engagées : « J’ai tourné avec des femmes féministes et j’ai adoré ça. Ce mouvement qu’on est trop contents de décrier, eh bien moi je ne suis pas d’accord. Je trouve qu’il amène un changement profond de société, de rapport homme-femme ».
Changements profonds et nouveaux équilibres dans l’industrie cinématographique
Le témoignage de Karin Viard met en lumière la complexité des mutations à l’œuvre dans le monde du cinéma et au-delà. Son discours, à la fois introspectif et tourné vers l’avenir, résonne avec les aspirations d’une génération en quête de justice et d’égalité. L’actrice s’impose ainsi comme une voix essentielle dans le débat sur l’évolution des rapports entre les sexes et sur la nécessité d’un renouvellement des normes sociales.



